C’est
ce que tous ont répété durant la Conférence EFMD en
Entrepreneuriat qui s’est tenue à Advancia-Paris du 21 au 23
février 2010.
Encore
faut-il proposer une définition assez large de la créativité pour
qu’elle puisse couvrir toute la diversité des situations
économiques : l’originalité du point de vue d’un salarié
ou d’une poignée de créatifs souvent ne suffit pas à rendre une
organisation inventive!
Comme
l’a rappelé Sandi Cesco, le co-fondateur et PDG de Studio Moderna,
le leader du marketing en Europe centrale, la diffusion de l’esprit
d’entreprendre comme du désir d’inventer ne se décrètent pas.
Inversement,
la créativité n’a pas besoin de se montrer dispendieuse pour
trouver sa pleine expression. Elle est donc à la portée des petites
comme des grandes entreprises.
Damon
Hassanpur Golriz, Professeur en Management de l’Innovation à la
Faculté de La Haye souligne que la confrontation systématique
d’idées permet d’accélérer la transformation de l’invention
en une série d’innovations, confrontations qui sont le privilège
de groupes restreints, de petites et de jeunes structures où les
affinités et les complicités peuvent se tisser au quotidien.
Le
modèle social pour la créativité demeure donc l’atelier,
le petit orchestre qui, à fréquence régulière, sait œuvrer avec
d’autres unités réduites sans crainte de se faire voler ses idées
ou de se faire envahir. Hélène Perrin-Boulonne, économiste à la
CCIP note que, pour nourrir la créativité, la confiance
demeure le maître-mot. En revanche, jugements de valeur et rapports
de pouvoir constituent des freins majeurs à l’inspiration
individuelle et collective : on perd trop de temps à panser
d’inutiles blessures d’amour-propre!
Hermann
Frank, Professeur à l’Université d’Economie et de Management de
Vienne souligne que la vitalité de l’exportation allemande n’est
pas seulement due à une politique de réduction des coûts de
production , mais aux talents des jeunes exportateurs Outre-Rhin
doublés d’un long savoir-faire, savoir-faire que l’enseignement
supérieur peine à faire émerger depuis vingt ans dans les PME
françaises.
La
France situe toujours la créativité dans les sphères du pouvoir et
du prestige, celles qui permettent à l’artiste d’acquérir un
capital symbolique alors que nos voisins germaniques n’ont pas peur
de dire que la créativité voisine la technique et le profit et
demeure la chose du monde la mieux partagée tout en promouvant
l’expérimentation théâtrale et l’excellence musicale au sein
d’une myriade de troupes et d’orchestres régionaux.
Autrement
dit, si la créativité doit devenir un vecteur de croissance, il
faut que s’engage une réflexion politique sur la façon dont la
culture incite le citoyen et le salarié à se transformer et aussi à
s’inventer. C’était la fonction des carnavals, autrefois.
Est-ce
que ce sont les directions des ressources humaines, les consultants,
les auditeurs ou les comités d’entreprises qui ont vocation à
favoriser le dialogue entre la dimension productive et la dimension
créative de l’entreprise ?
Selon
Gül Berna Özcan, Professeure à l’université Royal Holloway de
Londres, c’est l’attention entrepreneuriale que le manager porte
à ses salariés et à leur façon d’interagir qui permet à chacun
de mesurer ce qui peut être modifié ou abandonné dans une démarche
productive au quotidien.
Dans
¾ des cas, si ses collègues se prêtent au jeu, le gain en termes
de bien-être et de coopérativité sera conséquent, et, dans un
groupe de cinq personnes en moyenne, un salarié développera un
profil d’inventeur tandis que le groupe développera des
compétences de traduction pour l’invention qui débouche sur des
concrétisations diversifiées.
Le
turn-over et l’absence de sentiment d’appartenance ne font donc
pas bon ménage avec l’émergence de ce type de dynamique de
groupe.
Durant
cette conférence de l’EFMD, en croisant leurs regards, les
chercheurs et les praticiens ont conclu qu’en dépit des
technologies et des savoir-faire accumulés en matière de techniques
sociales, parce qu’ils ne prenaient pas la mesure des lieux où se
jouait la créativité, les décideurs politiques et économiques
peinaient à faire de l’UE une société de la connaissance au sens
plein du terme. Il y a bien une dimension intime de l’organisation
que l’entrepreneur perçoit plus aisément que les stratèges. Ce
qui est petit n’est pas seulement joli ; c’est aussi la
matrice de la créativité durable.
Renaud
REDIEN-COLLOT
Directeur
Délégué d’ADVANCIA
Président
de la conférence EFMD de février 2010 à Paris
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